Enseigner en classe flexible

Enseigner en classe flexible
20 mars 2019 Joëlle Belloir
Flexible classroom

1- La classe flexible ? Mais qu’est-ce que c’est ?

Elle est tout droit venue des États-Unis mais surtout du Canada et de leurs pédagogies innovantes en terme d’adaptabilité aux élèves. C’est une remise en question des pratiques d’enseignement classiques. La “classe flexible” commence à faire du bruit dans les écoles élémentaires de France. Comme son nom l’indique, cette pédagogie vise à adapter la classe, la rendre flexible aux besoins physiques et physiologiques des élèves. Elle cherche à répondre à leurs besoins de bouger, se dépenser, changer d’assise, de supports.

Le point de départ :

Au début de cette année scolaire 2018-2019, je corrigeais sans cesse la position de mes élèves sur leur chaise. Il existe la version de la chaise qui se balance dangereusement en arrière, celle des pieds sous les fesses, un pied sous la fesse et l’autre qui se balance sous la table, celle du dos de travers ou l’enfant avachi sur sa table…  Mes enseignants m’ont  toujours corrigée étant gamine car ils avaient peur que je grandisse mal, ou que j’apprenne mal en étant “mal assise” à mon bureau. Cette parole était répercutée à la maison, lorsque je regardais la télévision dans le canapé du salon. Ma mère me corrigeait pour passer d’une position “allongée le dos de travers” à une position assise en tailleur le dos droit. Elle craignait la scoliose et les problèmes de vue.

A force d’observer tous les échappatoires imaginés par mes élèves à la position assise « le dos droit et les pieds par terre », je me suis demandée pourquoi ils ressentaient autant le besoin de l’éviter. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que les enfants souffrent de rester assis sur une chaise 6 heures par jour !

A partir de ce constat, j’ai entamé une réflexion sur ce que je pouvais leur proposer comme alternatives à la position “assise”. Les idées n’ont pas été très compliquées à trouver, car de nombreux enseignants ont pris la direction de la classe flexible et partagent conseils et astuces sur Instagram, sur leur blog personnel, ou bien même sur Facebook.

2 – Ce qu’il est possible de faire grâce à la classe flexible :

Passer d’un fonctionnement de classe “classique” à la classe flexible nécessite quelques aménagements et de l’investissement (je reviendrai sur ce point un peu plus tard). On peut tout à fait conserver des places assises avec un bureau, auxquelles les élèves viendront travailler en groupe, pour découvrir une notion avec l’enseignant par exemple. Mais l’un des intérêts majeurs de la classe flexible, c’est d’organiser des “coins” dans la classe, dans lesquels les élèves pourront faire des travaux de groupes où ils seront réellement actifs. L’enseignant accepte de ne pas être le seul à dispenser le savoir, et favorise, grâce aux “coins” de la classe, l’accès aux connaissances par les élèves eux-mêmes.

Pour résumer :

L’enseignant prépare supports et matériel, et favorise les situations de recherche, ce qui doit permettre l’interaction, l’implication dans les apprentissages et la motivation scolaire. Parallèlement, l’enseignant propose à sa classe de changer régulièrement d’assises : bancs, chaises, poufs, ballons de gym, coussins d’équilibre, assis sur un tapis… On peut même autoriser la position debout car elle stimule la respiration et active l’attention des élèves ! En plus de cela, elle permet de lutter contre la sédentarité, car si on y réfléchit bien, combien de temps passe-t-on en position assise au cours de notre vie ? Beaucoup trop ! Les enfants sont sans cesse courtisés par les écrans, bougent moins, font moins de sport, ce qui augmente aussi, et c’en est alarmant, le nombre d’enfants en surpoids en France !

Voici le champ des possibles avec ces aménagements flexibles :

  •          Faire bouger les enfants : écoute de leurs besoins physiologiques, réponse aux besoins des enfants ayant des TDAH – troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité -, la lutte contre le surpoids, favoriser l’attention des élèves)
  •         Passer d’élèves passifs à des élèves acteurs de leurs apprentissages : responsabiliser les élèves dans leur parcours scolaire, les rendre “acteurs actifs” en les laissant découvrir des activités “seul” ou en “groupe”, encadrés par l’enseignant, qui, lui, se positionne plus en retrait.
  •        Favoriser les interactions entre élèves : construire la sociabilité de l’élève en le faisant travailler en groupe, le faire construire une capacité à argumenter, à prendre la parole devant les autres, à prendre en compte les avis des autres, à écouter.

3 – Ma classe semi-flexible et mes choix pédagogiques :

Dans ma classe de CM1-CM2, j’ai 13 élèves qui évoluent dans une grande salle de classe de plus de 90m2. Cet espace disponible m’a permis de créer des coins : face au tableau blanc, 13 bureaux avec des chaises, chaque élève a sa place. Sous chaque bureau, des balançoires à pied: ce sont des chambres à air récupérées en magasin de sport, qui, attachées autour des pieds du bureau, permettent aux élèves de balancer leurs pieds silencieusement tout en écoutant et en participant à la leçon collective. Je l’ai mis en place pour une élève à haut potentiel d’abord, à qui ce système a permis d’éviter qu’elle ne se lève continuellement de sa chaise.  J’ai installé ces balançoires à tous les élèves car ils étaient demandeurs !

Bilan après 2 semaines ?

Ils adorent ! Seule une élève de CM2 m’a demandé de retirer la balançoire, car étant déjà très grande (plus grande que moi qui mesure 1m60), cela la gênait, elle n’était pas libre de ses mouvements. Ces balançoires sont réglables en hauteur, silencieuses. Et ce qui me surprend, c’est que depuis quelques jours certains élèves ne s’en servent plus pour balancer leurs pieds, mais seulement pour les “caler”. Ainsi leurs jambes forment un angle droit entre la chaise et la chambre à air, et leurs pieds sont bien à plat sur celle-ci.

Dans ma classe, chaque élève a son coussin dont il se sert pour faire un atelier sur des tables basses, à genoux ou assis en tailleur. J’ai également un banc en bois pour le coin « rituels »  du matin, un gros pouf bien moelleux pour le coin bibliothèque, deux ateliers découpage et puzzle où les enfants sont debout, des tables et chaises ordinaires pour mon coin « ordinateurs ».

4- Les limites de cet aménagement :

Toutefois, enseigner en classe flexible peut vite coûter cher ! Il existe des techniques gratuites, comme demander aux élèves de s’asseoir par terre en tailleur, pourquoi pas allongés sur le ventre (ça m’est arrivé, certains apprécient, d’autres non), être debout… Mais si on veut investir dans des ballons de gym, des coussins d’équilibre, des planches de piscine (oui, oui, vous m’avez bien lue !) la note monte très rapidement, et peu d’écoles disposent d’un budget pour ce type d’aménagement. Les enseignants volontaires doivent donc, le plus souvent, mettre la main à la poche pour financer leur propre matériel. Ayant déjà investi dans ma classe pour des petites tables basses, des tapis, des poufs, des coussins et autres, j’ai décidé que cela serait suffisant pour cette année. Le reste de l’aménagement flexible s’il doit continuer, se fera sur plusieurs années.

Personnellement, je ne suis pas une grande fan des ballons de gym : je trouve qu’ils prennent une place trop importante dans la classe. Lorsque je vois les photos partagées par des collègues, je ne peux que constater que le dos des enfants n’est jamais vraiment bien soutenu…. (Ah, encore une remarque sur le dos droit !! Je n’y peux rien j’ai peur qu’ils grandissent avec le dos en Z). Souvent la position de l’élève est  avachie, inclinée vers l’avant, avec le bassin penché soit plus à droite ou à gauche, selon l’équilibre. Viendra peut être le temps où je me laisserai convaincre, mais pour l’instant, je fonctionne sans.

Je pense aussi, et cela fera office de conclusion à cet article :

Comme toutes les pédagogies actives et/ou fortement mises en lumière, comme la pédagogie de Maria Montessori par exemple, elle demande à qui veut la mettre en place, une profonde réflexion. En effet, l’effet de mode peut inciter les pédagogues à la mettre rapidement en place dans leur classe, mais elle ne se limite pas seulement aux assises proposées, elle inclut le positionnement de l’enseignant face aux élèves.

Il est nécessaire d’entamer une  vraie réflexion 

pour s’approprier des outils et des méthodes qui correspondent à l’enseignant et aux élèves. Tous les outils proposés par l’enseignant ne seront pas forcément appréciés des élèves. Par exemple ces balançoires à pieds, qu’une élève m’a dit ne pas supporter. C’est pour cela que je ne peux pas dire que j’enseigne à ce jour dans une classe flexible.  En effet, ma classe ne l’est pas totalement, et cela me convient pour l’instant. Une pratique pédagogique évolue constamment, doit être remise en question, et est perfectible. Pour cette année scolaire, je pense avoir trouvé un équilibre qui convienne à mes élèves et à moi également. Le temps me dira si dans quelques années, je saute le pas vers une classe encore plus flexible…! 😉

Maureene, professeur des Ecoles, est sur Instagram :

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Voici sa page Facebook :

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Allo maîtresse classe flexible

 

 

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